Lever et coucher de soleil

N’avoir en tête un matin d’hiver
rien d’autre que cette image obsédante
de trois petits chatons dans leur panier d’osier
sur le calendrier des postes d’antan
devant lequel s’émerveillaient ma grand-mère
ainsi que mes tantes qui s’appelaient
Marthe, Berthe, Henriette ou Madeleine,
des prénoms comme prédestinés dans mon esprit
à s’émerveiller devant les photos de chatons
dans des paniers d’osier sur le calendrier des poste
Et puis tiens, les jours rallongent.

*

Le torrent charrie les peines au-delà des yeux

Ils disent que je devrais écrire encore
m’entourer d’hirondelles aux regards aveuglants
les dimanches de grand gel
à marcher loin des hommes
dans un roulis d’obéissance somme toute
alors j’écris comme on se baigne
dans des visages approximatifs
comme on passe son tour
au jeu de la sébile du mendiant
Ils disent que je devrais écrire encore
la mémoire du chaudron et du mâchefer
parler longtemps la bouche vide
pour y loger la neige des vieux espoirs
écrire la petite voile qu’on plante
dans leurs épaules avant de les regarder
voguer dans le courant.

*

Mon église d’écume

C’est comme un rituel d’avant midi
marcher vite sur le chemin à flanc de pente
sous le manteau bleu chargé de signes
qu’on dit le ciel où la mémoire mourra
marcher jusqu’à ce trou d’eau froide
protégé du courant où c’est un rituel
m’allonger dedans dix minutes en contemplant
les rochers, les pins, le ciel et l’écume
le corps qui carillonne comme un ange serein
la chair se tient, devient orgues et marbre
ça musique dur au clapotis discret
ça se serre et ça pressent quelque chose de fort
qu’on laisse filer, qu’on va retrouver
un peu plus loin
on ne sait où