Pris dans la toile
Il est 21h30 et dehors il gèle à pierre fendre
la grosse cavalerie des mots qui font le poème
passe au loin
l’araignée me surveille depuis des semaines
elle est au chaud, elle ne bouge pas
nous attendons la voyageuse
et le monde paisible tout à la fois
la bruine d’automne et les champs fleuris de juin
nous sommes gentils
on court après le monde
nous sommes essoufflés
on reprend son souffle
on se dit que tout va bien
dans la grande toile des jours
*
Nous sommes amis un moment
Au bord du chemin, un plan de la lavande
ses fleurs séchées depuis des mois
je m’en frotte les mains et sur mes doigts
l’amour de la vie, les écluses du passé
des régiments de vagues souvenirs
des matins qui remontent à la rame
une rue déserte, une balle en mousse
qui rebondit contre le mur
et qui recommence
un chat sur les genoux, tu lui dis ne meurs pas
je t’en prie ne meurs pas tout de suite
on habite la terre et les odeurs d’été.
*
Toucher du doigt les apparences
Comme il a plu sur ce carnet l’encre s’est estompée
mais je déchiffre quand même une citation de Cervantès
prise sur le mur d’un musée de Marseille
« Maintenant je dis qu’il faut toucher du doigt
les apparences afin de perdre ses illusions. »
je touche du doigt la vitre de la nuit
le message qu’elle a laissé
dors bien et prends soin de toi
le champ d’orties et de cerfeuil
l’odeur de terre et la trace des sirènes
dans le sillage des bateaux et des étoiles
un sourire de princesse la prairie des possibles
et le doux bastringue des caresses
nos pas sur le bitume d’un boulevard abstrait.