« S’il m’était prouvé qu’en faisant la guerre mon idéal avait des chances de prendre corps, je dirais quand même non à la guerre. Car on n’élabore pas une société humaine sur des monceaux de cadavres. »
Ce soir je pense à ce jeune garçon qui avait recopié cette citation de Louis Lecoin sur le mur de sa chambre d’adolescent. Je pense aux questions sans réponses qu’il se posait à l’époque, « oui mais la résistance à l’envahisseur tout de même, les sacrifices des maquisards, le chant des partisans qui te fout les poils, la libération des camps de la mort… »
50 ans plus tard, il n’a pas plus de réponses. Il ne sait pas trop ce qu’il faut faire mais il est un peu triste qu’ici certains de ses amis poètes, éditeurs de poésie se réjouissent qu’un abruti qui se croit maître du monde allié à un criminel de guerre génocidaire ait réussi à assassiner un tyran sanguinaire et probablement quelques centaines d’innocent(e)s (mais on ne fait pas d’omelette… comme ils disent). Triste qu’ils imaginent qu’il serait antisémite parce qu’il agite parfois un drapeau palestinien et salopard assassin parce que résolument antifa. Et triste parce que c’est difficile de se parler, de s’écouter, d’argumenter quand le fossé est trop grand entre nous et j’ai comme le sentiment désagréable qu’en ce moment il se creuse ce fossé.
Alors ce soir je pense à moi, et à ce qu’il reste du jeune adulte qui recopiait les dernières pages de « Printemps noir » d’Henry Miller : « Demain, vous pourrez accomplir la destruction de votre monde. Demain, vous pourrez chanter au Paradis pardessus les ruines fumantes de vos cités terrestres. Mais ce soir je voudrais penser à un homme, un individu solitaire, un homme sans nom ni patrie, un homme que je respecte parce qu’il n’a absolument rien de commun avec vous – MOI-MÊME.
Ce soir, je méditerai sur ce que je suis. »
Je pense aussi à cette autre citation de Bertold Brecht
« Aussi longtemps que nous pourrons vivre en recherchant la bonne affaire,
Aussi longtemps que l’on dira « toi ou moi » et non pas « toi et moi »
Aussi longtemps qu’il s’agira non de progresser mais de devancer les autres,
Aussi longtemps il y aura la guerre.
Aussi longtemps que le capitalisme existera,
Aussi longtemps la guerre existera. »
Je pense au monument aux morts de cette petite commune de la Creuse où l’on voit un enfant montrant d’un poing serré 63 noms gravés et l’inscription « Maudite soit la guerre ». Il parait qu’aucun préfet ne l’a inauguré ce monument aux morts, que les soldats doivent détourner le regard quand ils passent devant et que chaque année le 11 novembre des pacifistes entonnent ici « la chanson de Craonne ».
Je pense aussi à cette chanson de la compagnie Jolie Môme qui, un moment, me fait rêver que je ne suis pas seul mais «majoritaire de la terre », « C’est en combattant la misère qu’on peut lutter contre la guerre » (et contre ceux, les mêmes, qui les provoquent, la misère et la guerre). Et 50 ans plus tard je veux vibrer pareil que quand j’étais adolescent, immature et naïf, en fredonnant ou en gueulant (je sais pas trop non plus) « Contre la guerre nous sommes des millions, A bas la guerre, RÉVOLUTION. »