En naviguant sur les pages des amis de Facebook, je tombe sur un article du chanteur Bruno Ruiz (qui écrit toujours de belles choses), et je m’arrête sur cette phrase, « J’ai toujours ressenti un petit malaise en entrant dans un bureau de vote. » Je me dis que moi aussi, et je vois dans les commentaires que plein de gens sont dans ce cas. Pourtant j’y vais rarement dans les bureaux de vote. À l’instar de Brassens qui le 14 juillet reste dans son lit douillet sous prétexte que la musique qui marche au pas c’est pas son truc, moi les jours où la république me demande d’exercer ma souveraineté par procuration, je flemmarde sous la couette et ensuite je vais voir les fleurettes dans les prés (parce que je suis poète et que les élections c’est souvent au printemps), et 20 h arrive sans que j’aie fait mon devoir de citoyen et il va falloir répondre à celleux qui me disent que je fais le jeu de je sais pas qui et que des gens sont morts pour que je vote et que je suis un ingrat et patati et patata… Là je vais chercher du réconfort argumentaire chez le bon Jean-Jacques Rousseau, le gentil Élisée Reclus, la grande Louise Michel, le verveux Émile Pouget, Bakounine le camarade vitamine ou encore François Bégaudeau (« Comment s’occuper un dimanche d’élection ») et je me finis avec le vieux Léo, « Ils ont voté et puis après ». Autant dire donc que je me suis toujours situé et j’ai toujours situé Gros Textes du côté de ce qu’on appelle l’extrême gauche, nos sympathies allant vers le NPA, Révolution Permanente, Lutte Ouvrière, la Fédération Anarchiste, certains mouvements LGBTQIA+ et bien sûr les antifas, enfin on voit le genre, que des partis et mouvements représentés à l’Assemblée Nationale. Or, dernièrement et sans demander l’avis de personne, une cuve à pisse ministérielle de l’intérieur et un benêt pervers menteur présidentiel ont décidé qu’un mouvement de centre gauche, social-démocrate, keynésien, qui voudrait instaurer un peu plus de justice sociale sans trop faire de mal au capitalisme, pouvait être classé à l’extrême gauche, et de se mettre à lui taper dessus à ce mouvement avec une sauvagerie et une malhonnêteté qui ne peut provoquer chez nous que dégoût et indignation. Les bourgeois, ils veulent tellement plus rien partager qu’ils sont en train de devenir sacrément méchants, je trouve. Aussi probablement, et tant pis pour le malaise, si ça peut faire chier le bourgeois, le droitard et le fachouillard (qui se distinguent de moins en moins), je vais peut-être rentrer à nouveau dans un bureau de vote. Même si j’aurai « l’impression d’appartenir aux faux-culs d’une démocratie élective qui au fond ne m’autorisera jamais un vrai pouvoir » (Bruno Ruiz), et même si c’est certainement pas LFI qui va nous le donner, et que de toute façon le pouvoir d’où qu’il vienne, c’est de la merde, on n’en veut pas, puisque ce mouvement LFI donne des sueurs froides au MEDEF, autant le soutenir. On se foutra sur la gueule plus tard.