Clos des arômes
Le restaurant s’appelait « Clos des arômes ».
Je me souviens de la serveuse maladroite et touchante
étourdie et fragile
qui n’arrêtait pas de s’excuser
et croyait connaître quelqu’un dans ton village.
Un plat de poulpes pimenté
et des échos d’enfance
comme des coups de couteau
la lune sur la Loire
l’errance des pas perdus puis retrouvés
des flots d’étreintes et des reflets d’étoile
comme du Van Gogh
sur l’eau arrêtée du temps
cette importance de retenir
dans un coin de carnet comme un enclos
l’arôme de ce moment.
*
L’absurdité de l’empilement
Dans l’ordre de haut en bas ce 7 juin
derrière moi comme un musée en pente douce
des breloques qui vibrent à leur manière
il y a 7 livres empilés dans le séchoir des poussières
Car né (Jean-Pierre Georges)
Le baiser de la Toussaint (Robert Piccamiglio)
Au matin j’explose (Hervé Prudon)
Comme les loups vont au désir (Gérald Neveu)
Là où les eaux se mêlent (Raymond Carver)
Journal moche (Jean-Claude Pirotte)
Sept poèmes de haute négligence (Achille Chavée)
Je caresse ces titres en cherchant si ça signifie quelque chose.
*
Besoin de personne, je peux très bien m’interrompre tout seul et me contredire.
*
Et le voilà qui poussait depuis des années sur les routes, son âme avec un bâton dans l’éternité et les
amandiers en fleurs. Pas de question, il espérait ainsi juste un jour arriver à voir derrière les montagnes,
l’éclat déchiré d’un baiser ou bien d’un papier griffonné.
*
C’est à la fin du roman d’Éric Vuillard, « 14 juillet »
« On devrait plus souvent ouvrir nos fenêtres. Il faudrait de temps à autre, comme ça, sans le prévoir, tout foutre
par-dessus bord. Cela soulagerait. On devrait, lorsque le cœur nous soulève, lorsque l’ordre nous envenime, que
le désarroi nous suffoque, forcer les portes de nos Elysées dérisoires, là où les derniers liens achèvent de pourrir,
et chouraver les maroquins, chatouiller les huissiers, mordre les pieds de chaise, et chercher, la nuit, sous les
cuirasses, la lumière comme un souvenir.
Oui, on devrait parfois, lorsque le temps est par trop gris, lorsque l’horizon est par trop morne, ouvrir les tiroirs,
briser les vitres à coups de pierres, et jeter les papiers par la fenêtre. Les décrets, les lois, les procès-verbaux,
tout! Et cela choirait, s’effondrerait lentement, pleuvrait dans le caniveau. Et ils tournoieraient dans la nuit,
comme ces papiers gras qui, après la foire, tourbillonnent sous les manèges. Ce serait beau et drôle et réjouissant.
Nous les regarderions tomber, heureux, et se défaire, feuilles volantes, très loin de leur tremblement de
ténèbres. »
*
Une autre manière de dire un peu la même chose…