Les bons copains

J’ai rêvé qu’on était sur un chemin
on se serrait fort, genre de toutes nos forces
et on avançait d’un bon pas, pas genre pressé
mais qui connaît la direction.
J’ai regardé les deux verbes,
se serrer et avancer
et je leur ai dit : « vous êtes super les gars,
surtout ne vous quittez jamais. »
Et à midi je les ai invités à boire un p’tit rosé
bien frais à la table du jardin d’été.

*
Entre retrouvailles et permis bateau

Quand on se revoit
il y a toujours ce moment de trac
où les mots sortent mal
se posent de traviole sur la nappe
rouge du petit bonheur
qu’on sait éternellement fugace
des mots non prévus, ceux qu’on n’attendait pas
corps qui tremblote et cœur qui cogne
le ruissellement du temps dans le ventre
et les genoux qui coincent

Mais dans le fond je l’aime quand même
ce gouffre miniature, le trac des retrouvailles
la pression derrière les yeux
la douce dérive sur la coque d’une fragile
et provisoire embarcation
que personne ne sait piloter.

*
Aucune réelle expérience en quoi que ce soit. Chère petite herbe penchée sur mon sommeil, chère ombre du vent
d’été, chère feuille encore verte première détachée qui chute sur ma joue, je suis comme toi.
*
La sirène de brume charrie des images fugitives, c’est ton reflet dans le lac, la multitude aussi en même temps
qu’un monologue tragique.

*
C’est un 27 juin
Que mourait Malcolm Lowry en 1957. Son œuvre romanesque, le monumental
Au-dessous du volcan a un peu
étouffé sa poésie.
Pour l’amour de mourir (édition « La Différence » dans ma bibliothèque), j’y replonge parfois.

Pour l’amour de mourir
Les tourments de l’enfer sont implacables, vifs
Sont les feux de l’enfer; et pourtant les vautours
S’arc-boutant contre l’air pour virer sur leur aile
Sont plus beaux que le vol plané de ces mouettes
Abandonnées au vent dans la fraîcheur du jour
Plus beaux que les ventilateurs dans les asiles
Qui par leur soyeux va-et-vient

Tissent à l’espoir un destin;
Et jamais l’espoir n’a lancé
Sa gageure aussi haut que l’illusion vitale
Qui chevauche le vol du vautour. Si la mort
Peut voler pour l’amour de voler, est-il rien
Que la vie, pour l’amour de mourir, ne pût faire ?

*

Et « l’amour » selon Médine, le rappeur qui parait-il fait enrager des gens…
« C’est l’histoire d’une société qui chute à l’horizontale
L’important, c’est l’parachute, quel que soit l’atterrissage »