Elle m’avait parlé
« d’une clairière imaginaire
où nous avons rendez-vous
comme en un éternel retour… »
Parfois on se blottit dans quelques mots,
des mots duvets moelleux, protecteurs,
on se repère grâce à eux, on n’a pas peur,
c’est par là qu’il faudra passer
c’est n’importe où,
on y va, on ne peut pas se tromper.
On se dit que la clairière est partout.
On a confiance dans les cailloux du sentier.
Nous y sommes déjà passés.
On reconnaît nos traces du fond des temps.

*

On s’arrête en chemin

Tu as bavardé avec la pluie
parlé à demi-mots aujourd’hui
respiré le parfum qu’on oublie
ouvert un horizon avec une petite lame
ça bouge encore de ce côté du cœur
mais ce n’est que de l’eau
des visages des arbres la fuite des nuages
et ce sang qui circule comme sable entre les doigts
le rire et ça continue de rire
dans les buissons, pourquoi rit-on ?
on reste là avec les voix
on aimerait se souvenir
vous étiez là ? À quelle adresse déjà ?
la clé derrière le volet
et la porte qui…

*

La tête posée sur les herbes sèches qui piquent la joue, dormir à moitié au soleil de fin d’été qui chauffe déjà si peu, me dire que j’aurais toujours fais les choses à moitié, chauffé si peu.
*
Aphorisme à coucher dehors : « j’ai perdu mon
je
de clés ».
*
Je vais mettre de l’ordre dans mes pensées, oui c’est ça qu’il faut faire quand on arrive au bout ! Voilà ! C’est bon !
Après des heures de lectures et de méditations, c’est bien rangé, tout semble en ordre dans mes pensées. Et je contemple avec fierté cet ordre remarquable, grandiose et pour tout dire inespéré, incroyable. Seul problème, oh rien du tout, je ne vois plus de pensées, rien que de l’ordre.

*

Un amour au-delà de l’amour,
plus haut que le rite du lien,
au-delà du jeu sinistre
de la solitude et de la compagnie.

Un amour qui n’ait pas à revenir,
mais non plus à s’en aller.
Un amour non soumis
aux frénésies d’aller et venir,
d’être éveillés ou endormis,
d’appeler ou de se taire.

Un amour pour être ensemble
ou pour ne l’être pas,
mais aussi pour tous les états intermédiaires.

Un amour qui serait comme ouvrir les yeux.
Et peut-être aussi comme les fermer.

     Roberto Juarroz, « Poésie et réalité », éd. Lettres Vives, 1987

*

déjà le vieux veilleur mélancolique nous guette
annonçant des avis d’orage & de tempête
mais bientôt le silence nous fait mal à la tête
des adieux …/…