Allongé sur un tapis de feuilles tombées depuis des mois et pas encore décomposées, au plus bas niveau d’une forêt d’avril, sentir pousser dans la terre les graines qu’une main inexistante a posées là pour diverses raisons mystérieuses et aussi pour qu’un type écrive cette phrase trop longue qui ne veut pas dire grande chose.
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En passant à pied à côté d’un jardin, entendre la voix émerveillée d’une femme dire « C’est incroyable, il y a encore une autre tulipe ». Réponse d’une voix d’homme, le mari à tous les coups, « ah oui quelle surprise, mais c’est absolument extraordinaire ». Je voudrais tant être d’accord avec lui…
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Je n’aurais jamais imaginé qu’ouvrir une fenêtre et sentir l’air frais du matin me procurerait un jour autant de plaisir, de consolation, alors qu’aujourd’hui rien ne cloche vraiment dans cette vie minusculement ordinaire.
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L’âge où l’on a l’impression qu’il est urgent et vital de s’agiter dans tous les sens, de faire n’importe quoi, pensant faire reculer le pire avec nos dérisoires moulinets… J’en suis là !
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La force poétique et philosophique des mères qui métamorphosent les bites de leurs fils en petits oiseaux.
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C’est un matin de mai.
On se retourne sur son passé
et on voit l’hiver.
On a envie de lui dire :
« Ah c’est vrai que tu étais là toi.
C’est sympa d’être passé.
Tu peux revenir quand tu veux. »
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Il me plait quand même de penser bêtement
que sur la partition des nuits
les corps amoureux laissent des traces, quelque chose,
l’empreinte d’une patte d’oiseau migrateur.