Plaidoyer pour une lumière incertaine

Il faudrait repenser ce soir à cette lumière pâle
d’un matin du mois d’août dans l’alpage
la mer de nuages qui montait vers nous
et l’air froid piquant les mains comme ruban d’aiguilles
ce fétu de paille du temps où nous avons marché
les pierres qui roulent sous les pas
l’eau qui serpente dans les replats du silence
la poignée de myrtilles au bord des lèvres
comme des messages qu’on ne déchiffrera pas
le lac et son cortège de vestiges de passés
qui remontent avec la brume
un autre soir pour écrire que rien ne change
une lettre et un coup de fil d’ancien amour
c’est tout froissé, on se souvient de bribes de rues
de routes qui défilent à reculons
nous étions des bateaux en perdition
la fumée dans l’habitacle et les voix qui s’effacent
le train qui n’arrivera pas, tu peux déchirer ton billet
on ne change pas les gens
on installe juste leur présence
dans une lumière vacillante.

*

Ne pas trop demander à l’existence

En terrasse de ce bistrot routier
de bord d’obscure nationale
tandis qu’il pleut de grosses larmes célestes
sur le bitume et les forêts
et des chopes de bières
à foison sur le comptoir
dans une odeur de saucisson
de liquide vaisselle et de détergent
de mots épineux et de chants d’oiseaux
délicatement harmonieux
dans ce cocktail de sensations
JE N’ATTENDS RIEN.

Le ciel gris reflété
dans une flaque de goudron
et la fragilité du moment
suffit à me combler.

*

L’état de panique que provoque la perte d’un téléphone portable me confirme à quel point cet objet est devenu le doudou d’un mec immature et combien je suis un pauvre type. Pas tout seul certes… mais est-ce vraiment une consolation ?
*
L’odeur de cette cave comme une diligence fantôme qui arrive dans la nuit, passe à travers moi et disparaît.
*

Une promenade à vélo. Il a fait très beau ce dimanche de novembre, clair et encore dans ses dernières flamboyances. J’attends quelque chose et ne sais quoi. J’ai juste peine à croire que je suis rempli de réalité.

*

Quelque chose de rassurant

Il lui a dit
tu sais
ces briques de lait
qu’on ouvre et qu’on entame
pour faire un gâteau
puis qu’on laisse
tourner dans le frigo
plusieurs semaines
sans y toucher
Il lui a dit
tu sais
je veux que
tu me promettes
de ne jamais me réserver
le même sort

      Guillaume Siaudeau,
      Tourner 7 fois sa main dans sa poche, Gros Textes, 2015

*

Et ne pas oublier la voix, la rage et les chansons de Mama Béa Tekielski
« Les femmes auront des noms de fleurs
Les enfants de toutes les couleurs
Connaitront le goût du pain
Du vrai pain qui n’est à personne…
Qu’à celui qui a faim:
Quand ils ne seront plus là
Qu’on les aura démolis… »