Un matin sur la digue
Écrire en vitesse en bord de mer
la vague inquiétude
que quelques galets
déposent à l’écart
celle qui passe à pas flottants
au centre de la ligne d’air et d’eau
le soleil s’est levé, l’amour s’y égratigne
un gros bonhomme fait des exercices d’assouplissement
le cœur est gros lui aussi
il devrait s’assouplir lui aussi
trouver sous le sable et le varech
la légèreté d’un ballon baudruche
le pas hésitant pleinement assumé
rassurer la bête peureuse
qui sort à peine le museau
de sa cachette à l’abandon
écrire en vitesse en bord de vie
les maladresses qui s’étirent comme
de gros bonhommes sur la plage.
*
Deux corps qui se rapprochent inexorablement, quasi langoureusement et passent à côté l’un de l’autre, très près… sans un regard.
*
«Ce n’est pas le temps qui passe, c’est nous qui passons » proclame pompeusement un poète !
– Et ça change quoi, dis-moi, à part d’enculer cette pauvre mouche qui n’a rien demandé.
*
Je pressens beaucoup de choses et… et puis rien… Disons que je stagne avec une certaine élégance pataude et une complaisance louable pour le surplace et l’immobilité sinistre.
*
À celle, lucide, qui avance en rêve
Je suis allé voir au jardin
si les choux kale qu’elles avait semés un jour
ont bien poussé, profité de bonne pluie
et pensé qu’on se laisse facilement prendre
à la faiblesse d’espérer quelque chose à ce jeu là.
On se voit demain m’a-elle écrit.
On pousse la brouette de foins et d’éphémères.
Demain sera un nouveau mois, le ciel est orageux,
je sais que les alpages s’enfleurissent,
que nous ne les verrons pas ensemble.
Je n’ai pas de secret, je cherche une clarté,
délie le fil des jours sans malice.
Ce soir une poignée de porte a cédé,
pas de défense, n’importe qui peut entrer
dans cette chambre où se refaçonnent toujours
nos identités. C’est bien comme ça.
Nulle plainte ne sera déposée sur la page.
Nous restons à l’abri dans les replis des songes.
*
CURLY
les invités sont repartis
ils m’ont vu
entendu
proférer bien des bêtises
commettre bien des maladresses
ils emmènent une part de moi que j’ignore
en me laissant une étrange caution
les choses se décantent
elles ne pourrissent pas forcément
enfin pas tout de suite
elles se décantent
Frédérick Houdaer, « no parking, no business » Gros Textes, 2014
*
« Prions saint Emilion, saint Estèphe et les autres
Pour une nuit d´amour, voilà de bons apôtres! »