Parfois on est éclaboussé par une sorte de bonheur

Elle a dit qu’elle se sentait bien maintenant
qu’un thérapeute avait remis sa tête en ordre
allégé du poids d’un amour en rade
et qu’elle allait pouvoir à nouveau voler
tel un oiseau comblé d’ivresse et d’altitude
mais que ça ne va peut-être pas durer
que l’amour sera toujours cette ombre
qui danse n’importe comment
sur les parois de nos cavernes
des lampes s’allument au bout des doigts
le vent ramène des messages qui réparent
l’aspirateur usé des vieilles douleurs
on boit lentement un verre d’eau fraiche
on voit des mirages au tournant du chemin
un morceau de ciel se déchire
et plonge dans nos verres
il est déjà l’heure de se quitter
dans la fragilité d’une étreinte et d’un sourire.

*

Au fil de l’onde des langues maternelles

Nous voilà,
au cœur de l’été
encore un,
à guetter l’alignement
des bouées blanches et du grand vent
ici la nageuse toujours belle
et là le gamin tout fier de son épuisette neuve
les galets et les rires sont là
les mots chuchotés, les secrets
des amours qui se dessinent
dans le ciel entre deux nuages
et les chiens qui attendent
qu’on leur lance le bâton, leur trésor
et moi qui en veut encore
de ces visions banales et rassurantes
de ces soirs qu’on fredonne
dans une langue qu’on maîtrise à peine
malgré toutes ces années.

*

Nos corps allongés dans une faille du temps. L’hiver arrive mais on s’en fout.
*
Encore un jour qui se dissout dans l’acide du trop peu, qui s’effrite dans la cuisine grasse de l’assoupissement.
*

Les pensées vont trop vite pour nous. À cette pêche, pas grand-chose dans l’épuisette. Et si parfois une tête surnage
dans le seau, alors oui, les larmes jaillissent d’émotion.

*

ZÉRO ZORRO

Plein d’amour dans ce baiser, mais qui manque de correction! Le désir est un édifice, faut savoir freiner à temps pour se garer tout près sans se faire hacher.

Attention aux bêtes jaune irisé. Koalas peut-être ou lapins ? À moins que ce ne soit des moutons en lotus sur des nénuphars? Et pourquoi pas une otarie, un pingouin !

Ce n’est pas avec une montre à quartz que l’on attrape les renards. Ils sont plus têtus que des souris ! Quelle que soit l’union, il y a toujours du venin et quand les wapitis jouent du xylophone, avec un simple yo-yo, on écrase un Zorro.

        Cathy Garcia, « Trans(e)fusées », Gros Textes, 2015

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On peut parler de conscience de classe, « il n’y a pas de livres à la maison »…