Une photo pour traverser l’étang
Sur cette photo, la maison de mon grand-père
ressemblait à ces dessins de maison qu’on fait
quand on est un enfant,
une sorte de cabane tordue avec un toit pointu
et un sentier qui mène jusqu’à la porte.
C’est là que des ancêtres ont vécu de grandes fatigues
et des espoirs diffus de jours meilleurs,
de l’abandon, de longs hivers au goutte à goutte des congères.
Aujourd’hui j’y rentre du bois
pour de poétiques flambées, les fleurs coupées en bouquets
d’amours séchées et d’errances
qu’on pose sur la cheminée
les pertes et le peu de profit qu’on fait
les discussions essentielles près du poêle
on avance à pas prudents dans la nuit
les braises du matin seront comme les souvenirs
de ces dessins d’enfant, de nos habits jamais à la bonne taille,
de l’avenir qui continue d’infuser
dans la bouilloire du temps.
*
C’est fatal mais pas forcément très juste
Son corps fut certainement très beau
mais à présent c’est foutu ou presque
l’alcool et diverses sortes de dérives
ont tout abimé, tout ravagé, mais
demeure une lueur au bord des yeux
qui sauve la fin du voyage
au fil de cette longue robe bleue
tissée de fatalités des « on n’y peut rien »
des « c’est comme ça, y’a rien à faire »
petit morceau de chair qui chantonne
son chemin d’un soir d’automne en plein été.
*
Peut-être que pas encore c’est encore trop ?
*
Aujourd’hui un nouveau lit. Peut-être le dernier ?
*
Le fantôme d’un chat qui vient me visiter en rêve et les larmes reconnaissables, les jours d’exils à soi-même, les coups de marteaux, les meubles qu’on monte et qu’on démonte, la planète qui change, la pluie, le ciel bleu, du foin dans une grange abandonnée depuis longtemps, la neige, une vie avec un chat noir et blanc qui passe dans les rêves.
*
tu empiles une huitaine
de galets l’un sur l’autre
en une sculpture incertaine
attention le neuvième
est souvent celui qui rompt
le miracle de l’équilibre
l’équilibre est un dosage qui
ne s’accommode d’aucune
arrogance
Yves Humann, « Un petit objet de la flânerie et de la pauvreté », Gros Textes, 2017
*
«Les dents qui font les sourires
Mordent la vie sans la blesser
…
Quand on est fait d’autant de vies
On n’a pas besoin d’en posséder »
On est prié d’y voir le message révolutionnaire…