Parfois le soir elle parle à sa fenêtre

Elle dit qu’elle a des ami(e)s tout plein
des guirlandes d’oiseaux dans son paysage
et de grandes migrations comme des rambardes
des garde-fous pour ne pas trébucher
chuter au fond du ravin des bonheurs fanés
la sortie de route est évitée
et se retrouver sur un parking désert
dans une zone commerciale sinistre
elle a acheté un sachet de lavande
pour le glisser entre les tissus de la vieille armoire
ses parents sont partis aux étoiles qu’elle contemple
à sa fenêtre en s’émerveillant du passage furtif
des hirondelles et des pensées aux ami(e)s.

*

On trébuche souvent dans le langage

Il y a souvent une phrase suspendue entre nous
nous avions quelque chose d’important à dire
et nous nous sommes arrêtés en chemin
un coup de vent emporte les idées
et l’on reste là dans notre bêtise
prostrés dans un vide en coton
avec nos yeux de chiens perdus
qui attendent le prochain train de l’affection
pourvu qu’il reste de la place
dans cette belle diligence qui viendra nous sauver
et nous nous répétons sans qu’aucun son ne sorte
de nos bouches : « c’est pour bientôt, c’est pour bientôt »

*

Premières gelées, le bois est rentré. Je dépose deux croutes de fromage sur le rebord de la fenêtre pour nourrir je ne sais quelles bestioles et je renonce à mettre de l’ampleur à cette pensée.
*
Des chemins me traversent, je boîte un peu. Ça fait une musique désaccordée.
*
Conserver ses émotions sous les cendres de larmes plus ou moins mal retenues.

*

chut
mon cœur est calme
je perçois
la danse des arbres
en bas dans la vallée
vivante comme un tapis
au grès du même souffle

respirant le même vent
que mes poumons tranquilles
chut
mes poils-genets
mes duvets-graminées
ma peau
vieille terre
se laisse faire
se revêt
de grand air

        Béryl Breuil. « Et mes yeux canadairs », Gros Textes, 2018

*

La délicatesse d’une « barrière fraîchement repeinte en vert »…