Un bout de ciel, un peu d’eau fraîche
Ça vient comme ça, comme la pluie
qu’on attend, qu’on n’attend pas
viendra peut-être, ce qui se dessine
la peinture du temps qu’il fait, qui passe
à travers les murs et les fenêtres
la couleur qu’on hésite à étaler
parce qu’on veut rester discret dans le monde
étouffer l’élan, demeurer dans le gris
dire au bonheur ou à l’amour
que ce n’est pas la peine de passer
qu’on peut vivre avec nos histoires d’insectes
que nous connaitrons bien d’autres ivresses
et des cimes éclatantes d’horizons incroyables
que nous pouvons continuer à remuer
le cœur léger la belle transparence des soirs
avec un chat qui s’étale sur nos genoux
on ne cherche pas à comprendre l’instant
on ne mesure rien, on pense que c’est perdu
les voix, les silences, les gestes, la solitude
c’est à cet endroit qu’il conviendrait
de chanter à tue-tête la laine des étoiles
l’insignifiante source qui coule à peine
d’un filet d’eau pure dans l’immense pré.
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Livrer bataille bien malgré nous
Bien sûr qu’il faut livrer bataille
aiguiser les armes, faire face à la nuit
dire au revoir à son amour
ou crayonner de vagues poèmes
sur les vitres du papier
voir à travers les mots
toutes les ombres de baisers
envolés avec leurs lignes dessinées
à la hâte de cimes dénudées
et se dire qu’être heureux
sera toujours à portée de flèche
même si l’on ne sait pas trop bien viser
avec cet arc qu’on nous a mis dans les mains
quand on n’avait rien demandé.
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Je garde en moi
Les pistes brouillées
Les hautes fougères
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Oh comme nous sommes devenus parfaitement conscients des dégâts que la clique capitaliste fait subir à la planète et à ses habitants. Cette conscience précise et documentée et inversement proportionnelle à la conscience des moyens concrets et précis pour nous y opposer.
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Personne ne viendra au rendez-vous de la nuit noire de novembre qui vient tôt. Je reste seul avec l’ardoise noire des ères géologiques, les plis des rochers, et ce morceau de craie blanche pour écrire quelques mots que le premier chiffon venu effacera d’un geste inconscient.
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TOMBÉE DU SOIR
À ce qu’il paraît
on finit seul
en attendant
l’arbre permet que je m’appuie
et dans le ciel du soir
une étoile s’allume
puis c’est un petit chat
qui se frotte à ma jambe
ouvrant de grands yeux verts
il miaule douloureusement
Dieu lui manque, plus qu’à moi.
Devant le bistrot
un vieux vélo attend son maître.
Christophe Jubien, « Chaque instant qui vient est un cœur à prendre », Gros Textes, 2018
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Formidables artistes artisans, des fourmis dans les mains…