Légère inquiétude au bas d’une étagère
Je suis rentré dans cette petite église
posée au milieu d’un village de montagne
En fait je voulais aller aux toilettes à côté
mais elles étaient occupées
alors je suis rentré dans la petite église
pour patienter et parce que je n’y étais jamais rentré
c’était comme si je m’aventurais dans une impasse étroite
j’en connais un rayon à propos des impasses
des vieilles histoires, des révélations, un arc-en-ciel
le truc d’après le déluge, la bible, Jonas et sa baleine
deux vieilles femmes, un lit, un piano
l’odeur de la foi et des biscuits à la fleur d’oranger
j’ai regardé l’autel et le plafond
touché du bout du doigt les histoires que ça raconte,
les saintes et les démons, le chemin de croix et ses stations
pour nous protéger le temps d’une illusion
d’un jour nouveau qui se lève, d’une terre qui tourne
dans la brume on ne sait pas où l’on va dans ces ruelles
de villages et les bancs sagement alignés pour écouter le silence.
Puis je suis allé aux toilettes pisser à côté de l’église
et de ses tourbillons d’images
qui mijotent dans la marmite de l’inconscient.
En sortant, j’ai mis dans mon sac
pris dans une boîte à livres
un peu honteux, ce titre : « L’homme inquiet ».
*
Le délicat sourire du jour devrait être à la portée de tout un chacun
Se retourner c’est comme un jeu
quatre mélèzes près d’un torrent
emprunter à nouveau leur ombre.
Est-ce une étape ou bien un but ?
on se retourne pour estimer le chemin parcouru
le rythme fut bon mais
on fera encore mieux la prochaine fois
le ligne dorée des nuages fait
comme une peinture abstraite
au ciel de midi
il n’y a rien à comprendre
juste se laisser porter emporter
prendre le sourire du jour
délicatement dans sa main
et le déposer au bord du sentier
pour qu’un éventuel passant pas pressé
prenne le temps de le retourner
et trouve ça chouette
qu’un humain l’ait abandonné là.
*
Terminer un pot de confiture, bien en racler le fond avec la cuillère et voir le mot « été » qui pâlit doucement avant de s’éteindre.
*
Poser des jalons… et puis c’est tout… et puis rien d’autre.
*
Je lis sur le bulletin municipal trimestriel que dans la commune où je vis, l’équipe des naissances a marqué trois buts contre six pour celle des décès. La mort se qualifie pour le prochain tour.
*
Deux trois choses à savoir
sur l’Indispensable
Petit soir sans histoire
juste la pluie qui suinte
d’un gros bloc de grisouille
et un couteau sans lame
pour pouvoir le tailler
Un de ces petits soirs
Doux frais et tendre
qui réclame un poème
une attention
une petite chose
(qui n’aurait pas plus d’importance
que les quelques secondes
qu’on passe à le penser)
Le soir disparaît
un couteau à ses pieds
sans lame
surtout sans lame
le poème est écrit
sans histoire
surtout
sans histoire
Thomas Vinau, « Les chiens errants n’ont pas besoin de capuche », Gros Textes, 2008
*
«Alors aimons-nous, alors aimons-nous
Comme ils se ressemblent
Tous nos pas qui tremblent
Sur la passerelle
Qui mène à plus rien
On n’est qu’ des pirouettes
Entre deux chagrins
Tout’ manières
Demain on s’ra vieux,
Demain on s’ra morts
Serrons-nous plus fort »