C’est un peu con mais c’est marrant au fond, ce moment de communion avec les poires
La lettre d’amour qu’on écrit à celle qui vit,
sans qu’on le sache, un autre amour ailleurs,
la lettre qui sera négligemment rangée
dans un tiroir rempli de ces objets dont on ne sait que faire,
les garder ou les jeter ? on avisera plus tard !
on pense alors à tous ces flops un peu ridicules
qui ornent nos élans dérisoires
dans la mare des incertitudes
on y patauge légèrement triste mais résigné,
on salue les grenouilles sur leur nénuphar
qui nous montrent comment sauter par-dessus les regrets,
la peau douce des batraciens, c’est comme celle des êtres aimés
sinon pourquoi ces histoires de crapauds et de princesses ?
on cherche à se rappeler les maladresses
les fautes de styles et les lourdeurs
qu’on a dû mettre dans cette lettre
on pense aux poires qui mûrissent au jardin
chaque variété à son tour
un ticket une date comme en amour
bientôt la première de la saison, bonne louise ou williams ?
et puis on passera à un autre arbre
pour y cueillir des fruits plus juteux,
de ce jus qui coule comme des larmes
sur la lettre qui se rit de son existence,
une lettre qui possède au fond
un pauvre humour de circonstance.
*
Ce qui reste
Ce qui reste ?
la lampe à gaz d’un autre temps
laissé sur cette table en bois
qui a vécu trop de saisons
et devrait bientôt casser comme on meurt
à la façon des tables en bois, le pied qui flanche
la nappe blanche achetée dans un vide-grenier
du Trièves spécialement pour cette table
en fin de vie en prévision de soirs d’étés
et surtout cette ombre de nous
comme le son des sabots d’une ancêtre
qui revient en écho dans l’air chaud
et se mêle au chant des grillons
quand le premier quartier de lune
raconte une histoire toujours la même
cette promesse trop bien connue.
*
D’aussi loin que je me souvienne… depuis l’innocence supposée de l’enfance… à travers vagues et dunes, des monts et des vallées… le rêve de femmes nues…
*
Les images qui tournent en moi… Il y en a trop… Alors se rabattre sur les verbes… Laisser filer, laisser courir, laisser tomber…
*
C’est certains, tous nos corps ne se seront pas assez mutuellement, tendrement, touchés, caressés et c’est difficile d’en comprendre les raisons.
*
Notre resto jap’
Nous dînions tous les deux
dans ce resto japonais bon marché
près de chez nous
parfois regardions au dehors
les gens qui passaient
sous la pluie fine
discutions de choses et d’autres
étions simplement là
l’un
en face
de l’autre
persuadés de recoller
les morceaux
entre la soupe miso les maki
&
un verre de saké.
Thierry Roquet, « à la périphérie du monde (par la ligne 13 du métro) », Gros Textes, 2018
*
« Je savais pas que nos sales souillures sont nos plus belles traces
Que ce n’est pas du vide en nous mais de la place !
Que le futur est fait de ce qu’on a perdu…
Parfois le cœur ignore ce que sait bien le cul si j’avais su »