Une mouche posée sur un poème
Voilà, j’ai décroché le papier colle mouches
qu’on avait punaisé au plafond de la cuisine
il y a deux mois, jeté un œil gêné
à ce ruban de cadavres qui colle aux doigts
évité de songer à ces vies qui finissent dans la poubelle
ce jour de septembre, restent les chiures
sur les vitres que je vais laver avant son retour
les mouches appartiennent à l’été depuis toujours
c’est le bourdonnement sur la sieste qui agace et rassure
c’est comme avant et celle noyée dans un verre de sirop
tant pis, c’est comme ça, et leurs vols incroyables
de précisions et de vitesses, cherchent-elle quelque chose
à manger au-dessus de nos têtes ?
une vision furtive de l’insaisissable
comme un bon poème, j’ai huit ans
et je cours après une image du bonheur
qui fait battre le cœur dans les framboisiers
ça résonne, ça vole, ça danse
et ça revient, ça recommence
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Le retour à l’horizon
On porte souvent comme un fardeau
ces minutes de sacs qu’on remplit
les valises qu’on peine à fermer
sur les vêtements et serviettes
quelques bouquins des souvenirs
juste ce qu’il faut de même pas essentiel
les affaires de toilette des provisions
pour les jours qui viennent et qui vont
s’étaler dans un ailleurs familier
on demande si on n’a rien oublié
on dit sinon je te l’enverrai par la poste
on ne sait plus vraiment qui s’en va et qui reste
le téléphone et le carnet
il faut tout faire tenir dans le coffre de voiture
un oiseau distrait passera peut-être
tout près du pare-brise à deux doigts de mourir
les regards se croisent à peine sur un baiser
il s’est passé quelque chose
et puis plus rien qu’un peu de vaisselle dans l’évier
l’écho d’un croisement de verres qui trinquent.
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Assis seul au bar devant ma bière, venu quand même, poussé par je ne sais quoi, au rendez-vous qu’elle avait annulé la veille, je sors deux livres de mon sac, histoire de passer le temps. Deux recueils de François de Cornière qui ont pour titres « Ces moment-là » et « Ça tient à quoi ? »
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Il y a trop de ces jours comme des flaques, des jours qui s’évaporent au premier soleil.
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Il allait ainsi, lui murmurant à l’oreille des phrases qu’il ne comprenait pas, et que de toute façon, elle n’entendait pas.
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il y avait ton visage
dans la gouille de pluie
proche du café d’en face
de chez moi je suis sorti
et j’ai marché dedans
pour le chasser une dame
m’a dit à ce moment précis
mon cher monsieur
voici bientôt venir
la saison des tomates
Maxime Sacchetto, « Selon les conditions imposées par le soleil », Gros Textes, 2024
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