À peine une vaguelette
Ça dansait et ça chantait autour de moi
et je chantais et dansais avec les autres
on se faisait du septembre en tube de couleur
du chant de révolte à la fanfare révolution
du mouvement social de rentrée
là où l’on marche en tapant dans les mains
on bloque la rue, on lève le poing
on se demande aussi si on fait bien
il fallait sortir, braver le jour et la pluie
on voulait que le monde change parce que y’en a marre
sans savoir comme s’y prendre bien sûr
on ne sait même pas si c’est utile ou symbolique
d’être là sous la pluie et les cris
le goutte à goutte des espérances est bouché
mais on ne le sait pas alors on tape du pied
et c’est joli quand même avec les nuages au-dessus des têtes
et peut-être un peu en dedans, les nuages
qui vont nulle part, ou vers la nuit qui va bientôt tomber
les figues trop mûres qui elles aussi vont se décrocher
des branches à moins que les oiseaux
les aient déjà mangées.
Et ce soir entre figues trop mûres et poing levé,
il s’agit de poser délicatement la petite vague d’un poème.
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Que faire de nos mains dans ces moments-là ?
C’est juste un petit seau de cendres
souvenir des premiers feux de l’automne
du presque pas froid des jours qui baissent
des questions et de l’attente au travers des fenêtres
des vitres qu’on lave pour plus de lumière
et de couleurs sur la rambarde qui retient
le doute soudain qui s’insinue
et qu’on balaie comme poussière
elle vole un instant et se pose au même endroit
sur le parquet des espérances
ce doute encore qui colle à l’œil, on ne s’en défait pas
facilement bien qu’on pense y arriver
le visage qui s’échappe
quand la tendresse reste seule
un bras qui pend au bord du lit
comme flottant dans le vide
l’autre et cherchant un corps
une voile de plein vent
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Et la princesse des songes revenait sans fin frapper à la porte de mes nuits, même en plein jour, même à la lumière de midi.
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Rien n’a vraiment brillé sur le chemin de vie d’aujourd’hui. Aussi ne faut-il pas attendre de brillantes pensées ce soir. Nous allons nous contenter d’une vague rêverie pour rester dans le ton, ce sera déjà ça et bien assez.
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On prend son ticket au péage. On sait qu’il faudra le rendre et peser la distance parcourue comme au jugement dernier.
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Résister, résister, résister, jour et nuit. Résister encore. Lasse est l’amertume, cette lassitude intérieure. Il faut oser se lever, reconnaître le chemin. L’espace visible et total. Nulle tour n’est trop grande à nos yeux. On ne se taira pas une nouvelle fois, nous déploierons nos paroles lumineuses par tous les champs dévastés.
Écoute cette chanson qui court à travers le monde. Ces aboiements de chiens qui grondent derrière les niches de garde.
C’est le matin que lou soulèu se lève. Ce sont toutes ces fenêtres qui s’ouvrent pour laisser le cri se répandre à l’horizon. Désolé, contre tous les murs qui nous font face, nous continuerons à rêver, même par temps de brouillard.
Laisse une petite lumière
Ici est là et puis une autre.
J’aime ta main légère
La brise chaude et douce de tes lèvres.
Richard Taillefer, « Les invisibles », Gros Textes, 2024
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