Et voilà l’orage des soirs d’été
la pluie à verse sur le goudron encore chaud,
le vent qui agite les feuilles affolées,
la météo comme un miroir.
On porte nos orages du soir à l’intérieur.
La vie est chienne, la vie est douce,
les soirs d’été sont rangés sur l’étagère de la véranda.
Je me souviens des nuits de ripaille à la lampe à gaz
qu’on avait pendue à la branche la plus basse
au-dessus de nos têtes un peu bancales
comme la table de jardin débordante de bouteilles,
des lèvres douces déposent une lumière abstraite
sur le bord des verres et des désirs,
on revoit un visage qu’on pensait avoir oublié,
on le trouve beau, on s’en émeut,
on imagine des choses qui ramollissent le cœur,
ce cœur qu’il faut surveiller avec les années
comme le bruit d’un moteur,
un véhicule qu’on attend sous la pluie
et qui monte lentement sur la route étroite
qu’on vient à peine de goudronner.
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Une petite poche d’espoir dans la poche ? Aller je prends !
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Toutes ces choses avec lesquelles nous tombons. Nous entreprenons un voyage vers le bas, la paupière
lourde. Et pourtant comme nous sommes légers !
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Dans une forêt miniature, une grotte irréelle, ou plutôt un simple abri dérisoire pour les fées de la mort qui
ne viendra peut-être pas. On ne sait pas.
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C’est pas la peine de venir me chercher
Il pleut sur le vert des prés
et le noir de la nuit. Demain
je devrais repiquer les tournesols et les choux,
boire un peu moins de vin,
être plus rigoureux dans ma discipline d’écriture,
tenter de moins me perdre,
d’aimer mieux, de trier mes phrases,
de mieux définir leurs contours,
d’aller enfin au bout de quelque chose,
de sauver ce qui peut l’être,
de mettre la tête sous l’eau
de mettre la tête hors de l’eau
et répéter ce qui s’oublie,
et surtout ne pas me tromper d’arrêt,
descendre au bon moment.
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Ça colle au maillot
On dit que c’est de la mélasse d’âme
Ça n’existe pas de la mélasse d’âme !
Si, tu prends un bon paquet d’algues
Tu vides tout à l’intérieur
Les pensées se défont et se noient
Elles prennent la couleur glauque
Des mauvais jours
Les sentiments font la tempête
Ça secoue les haut-le-cœur
La mélasse d’âme te maintient au comptoir
Tu pourrais penser qu’il y a toujours pire
Tu penserais juste
Mais la mélasse, comme la poisse,
Ce jour-là c’est toi qui l’as, pas les autres
La poisse, c’est différent ?
La mélasse, à l’intérieur, t’envahit les rhizomes
Les algues vertes te poussent partout
La poisse vient de l’extérieur
Si tu t’arc-boutes, tu peux lutter
Quand t’as la mélasse y a rien à faire
Ça colle au maillot
Tu te mets en boule, et t’attends.
Michel Gendarme, « Des rivages », Gros Textes, 2006
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