Les ballons de toutes les couleurs
s’envolaient dans le ciel
chacun son poème accroché par un fil,
les gens applaudissaient.
C’était la fin d’un festival de poésie.
Ça se passait dans un petit village du Morvan
À côté de l’église où Vauban repose.
On s’émerveillait de voir tous ces ballons
grimper si haut dans les rêves de rencontre
et puis forcément retomber quelque part
sur les pas de quelque quidam de passage
ému par la rencontre ou indifférent,
ou disparaitre à jamais sans l’ombre d’un écho.
Se dire que ces ballons jetés à l’inconnu
nous ressemblent, parlent de nous
qui allons bientôt retomber avec
attaché à un fil, notre pauvre message
attendant la lectrice
qui viendra peut-être
ou qui ne viendra pas.
*
Sommes-nous seuls avec le chant des peupliers ? Ce bruit de papier froissé du vent dans leurs feuilles. Les premières gouttes d’une averse annoncée à mi-voix, il va pleuvoir, il faut rentrer le linge, n’ont pas la réponse, parlent d’autre chose.
*
En quête d’un matin léger, déchirer l’air du bout des doigts, écarter délicatement la lumière pour suivre un instant des yeux le vol indécis d’une mésange.
*
Je suis collé à mon temps, à une chanson, à une charrette, à la fraîcheur d’un soir d’été où l’on se plaint des piqûres de moustiques qui sont aussi collés à leur temps, à notre peau, leur territoire.
*
L’eau froide ne ment pas
On nage. Nager, ça sert à sortir le clou qu’on nous a planté dans le crâne. On nage dans l’eau froide. On sent nos corps durcir. On fait les gestes des bras, des jambes. On respire et on parle en respirant. On dit qu’on respire. Nos bras s’effleurent, parfois se touchent. On guette l’étincelle, le feu au lac, la chaleur, le brasier. On croit à ce qu’on dit. On essaie d’être sincères, de ne pas tricher. On est un peu fou. On revendique ce peu de folie. On est des bêtes. On avance dans l’eau. On imagine qu’on va loin. On ne se connait pas. On ne sait pas où on va mais on croit savoir pourquoi on y va. On caresse des limites qui pourraient être les nôtres. La nuit prendra la forme de nos corps qui nagent.
*
Salut Blaise
Je lis la vie réelle et mythique de Cendrars
et trouve la mienne petite.
Je lis la vie d’un poète unique
peut-être déjà oubliée par la plupart des hommes.
Il y a tant de vies dans nos vies
qu’on croit exploser à chaque minute.
La mienne aussi à chaque instant me déborde,
elle est si petite pourtant.
Je lis la vie de l’homme manchot
et sa main amie me touche.
J’aime par tous les pores,
vivre, tout en fleurissant de désespoir.
Salut Blaise !
Homme à tête de vagin de ta mère,
je t’arrache pour un soir au linceul littéraire
où ils te font mariner.
À la tienne,
le calva est bon ici-bas cette année !
Francis Krembel, « Dans l’île », Gros Textes, 2007
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On a connu de ces types pleins de douleur et de tendresse, à qui l’histoire et ses événements ont pu faire commettre des trucs moches qui les ont brisés. Ce pouvait être aussi de bons copains. Juger c’est toujours compliqué. Vaut mieux éviter de juger.